Art et musique  Sierre

«Beethoven par Victor Hugo»

 

Ce sourd entendait l’infini. Les hommes lui parlaient sans qu’il les entendît ; il y avait une muraille entre eux et lui… L’infirmité de Beethoven ressemble à une trahison. Elle l’avait pris à l’endroit même où il semble qu’elle pouvait tuer son génie, et, chose admirable, elle avait vaincu l’organe sans atteindre la faculté.

Beethoven est une magnifique preuve de l’âme… Son âme, hors de lui, se fait musique. Que lui importe l’absence de l’organe ! Le verbe est là... toujours présent… Il entend l’harmonie et fait la symphonie… Les symphonies de Beethoven sont des voix ajoutées à l’homme. Cette étrange musique est une dilatation de l’âme dans l’inexprimable. Elle est tout. Profond miroir dans une nuée. Mystères...

Beethoven donne un bal, il improvise une fête, secoue des castagnettes, tape sur un tambourin, danse, tournoie, valse…

Resplendissements d’harmonie... dialogue de l’âme avec la nature…

Ces merveilles d’harmonie, ces irradiations sonores de la note et du chant sortent d’une tête dont l’oreille est morte. Il semble qu’on voie un dieu aveugle créer des soleils.

 

Jacques Besse, président